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02 — L'Egypte pharaonique

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Partie I : Les arts de l'Antiquité.

Frise chronologique

Carte de synthèse

1. Se repérer

L'Égypte pharaonique

À la différence de la Mésopotamie voisine, morcelée en cités rivales (voir section précédente), l'Égypte s'unifie très tôt sous l'autorité d'un seul souverain, le pharaon, considéré comme un dieu vivant. Pendant près de trois mille ans, de l'architecte Imhotep, qui bâtit pour le roi Djéser la première grande construction de pierre, jusqu'à la conquête d'Alexandre le Grand en -332, l'art égyptien poursuit un même but : assurer l'éternité du souverain et des dieux plutôt que glorifier un règne éphémère. Deux figures illustrent l'ampleur que prennent, au fil des siècles, les grands chantiers royaux : la reine Hatchepsout, dont le temple funéraire s'intègre à la falaise de Deir el-Bahari, et Ramsès II, dont les colosses gardent l'entrée du temple d'Abou-Simbel.

Dates repères

Noms repères Imhotep — Djéser — Hatchepsout — Ramsès II — Alexandre le Grand

Mots repères pyramide — mastaba — hypostyle — pylône — péristyle

Pyramide à degrés du roi Djéser, Saqqarah (Égypte). Source : Wikimedia Commons (licence CC BY 2.0, auteur Arian Zwegers).


2. Comprendre le contexte

Vers -3100, contrairement aux cités rivales de Mésopotamie, les princes du Sud conquièrent les pays du Nord et unifient l'Égypte sous une seule autorité : celle du pharaon, roi et dieu vivant à la fois. Le pays reste alors unifié pendant environ 2 500 ans, jusqu'à la basse époque. Cette continuité politique explique la remarquable stabilité de l'art égyptien : les mêmes formes architecturales et les mêmes conventions de représentation traversent trois millénaires avec très peu de changements.

C'est vers -2660 que cette stabilité trouve son premier grand monument : pour le roi Djéser, l'architecte Imhotep construit à Saqqarah un ensemble funéraire entièrement en pierre, chose inédite jusque-là, puisque les constructions égyptiennes utilisaient auparavant la brique crue. Sa pyramide à six degrés, haute de 60 m, vaut à Imhotep d'être considéré comme l'inventeur de l'architecture de pierre. Cette recherche d'éternité matérielle domine tout l'art égyptien : contrairement à la Mésopotamie, où l'art sert la gloire du souverain vivant, l'Égypte construit avant tout pour préserver le corps et l'âme du défunt après la mort.

Sous le Nouvel Empire, cette ambition architecturale atteint son apogée avec deux souverains que l'on retrouve associés aux plus grands chantiers du pays. La reine Hatchepsout, qui règne comme pharaon à part entière, fait édifier à Deir el-Bahari un temple funéraire aux terrasses superposées, remarquable par son intégration au site naturel. Un siècle plus tard, Ramsès II agrandit considérablement les temples de Karnak et fait tailler, à Abou-Simbel, une façade rupestre gardée par quatre colosses à son effigie : ces deux règnes montrent l'ampleur que prennent les commandes royales à mesure que l'Empire s'enrichit. Cette continuité s'achève en -332, lorsque Alexandre le Grand conquiert l'Égypte et fonde Alexandrie, ouvrant la période dite « hellénistique » où la culture grecque se mêle aux traditions pharaoniques.

Chronologie comparée du néolithique en Mésopotamie, en Égypte et en Europe de l'Ouest (déjà présentée en introduction). Repérez la ligne « Égypte » : les pyramides de Saqqarah et de Gizeh, puis les temples de Karnak, Deir el-Bahari et Abou-Simbel, s'échelonnent sur près de deux mille ans d'une même continuité politique.


3. Reconnaître le style

Supports et techniques

Après cette unification politique durable, l'Égypte construit en pierre à partir du chantier d'Imhotep, sans mortier ni outillage métallique, les blocs étant simplement posés ou scellés par des crampons. La peinture, elle, s'applique sur un enduit de stuc (plâtre et pierre broyée en poudre) appliqué sur une couche de torchis : le peintre y trace des lignes de mise au carreau avant de peindre, dans une technique qui annonce notre gouache moderne.

Sujets et fonctions

Cette maîtrise technique sert un unique but : préserver le défunt pour l'éternité. Les Égyptiens embaument le corps et sculptent une statue qui sert de réceptacle à l'âme, l'une et l'autre placées dans le tombeau. Sur les parois peintes, comme dans la tombe de Nakht à Thèbes, les scènes de banquet, de chasse ou de travaux agricoles préparent symboliquement les offrandes nécessaires à la survie du mort dans l'au-delà, non un simple décor de sa vie passée.

Composition et espace

Cette fonction funéraire organise l'espace pictural selon des règles constantes. Les scènes se juxtaposent en registres horizontaux superposés, à lire de bas en haut, sans ligne d'horizon ni profondeur, un peu à la manière d'une bande dessinée. Dans l'architecture des temples, cette même logique de parcours organisé se retrouve à une autre échelle : le fidèle progresse d'une allée bordée de sphinx vers un pylône (portail monumental en forme de trapèze qui marque l'entrée du temple), puis vers une cour à péristyle, colonnade qui entoure la cour sur son pourtour, réservée aux fidèles.

Cour à péristyle d'Aménophis III, temple d'Amon, Louqsor. Source : Wikimedia Commons (domaine public, CC0).

Couleur, lumière et matière

Une fois franchi le pylône puis la cour à péristyle, le visiteur entre dans la salle hypostyle (une salle dont le plafond repose sur de nombreuses colonnes), où la lumière décroît progressivement jusqu'au Saint des Saints, plongé dans l'obscurité. La peinture, elle, s'applique en aplat, sans ombre portée, avec une palette d'ocres rouges, jaunes et brunes, de noir de suie, de blanc de chaux et de bleu-vert obtenus à partir de traces de cuivre.

Figures et formes

Une convention unique, appelée loi de frontalité, règle la représentation du corps humain pendant toute l'histoire égyptienne : tête et jambes de profil, œil et épaules de face, bassin de trois quarts. Cette combinaison de plusieurs points de vue dans une seule figure assure au défunt une représentation reconnaissable pour l'éternité ; elle s'applique aussi bien aux scènes de banquet de la tombe de Nakht qu'aux figures royales des temples, à une exception près : dans certaines scènes du Nouvel Empire, comme celle des Trois Musiciennes, une danseuse peut rompre cette rigidité en regardant en arrière pour suggérer le mouvement.

Architecture et sculpture

Cette recherche d'éternité, déjà lisible dans la peinture, trouve son expression la plus monumentale dans l'architecture funéraire. Le mastaba, tombeau égyptien de forme trapézoïdale élevé au-dessus d'une chambre funéraire, précède la pyramide à degrés d'Imhotep, elle-même suivie, à partir de la IVe dynastie, par la pyramide à parois lisses : celles de Chéops, Khéphren et Mykérinos, à Gizeh, restent les plus célèbres. Les temples du Nouvel Empire, comme ceux de Karnak agrandis par Ramsès II ou le temple funéraire d'Hatchepsout à Deir el-Bahari, développent quant à eux ce parcours initiatique du pylône au Saint des Saints, tandis que la façade rupestre d'Abou-Simbel, gardée par les colosses de Ramsès II, montre à quelle échelle monumentale ce même principe peut être porté.

Temple funéraire de la reine Hatchepsout, Deir el-Bahari. Source : Wikimedia Commons (licence CC BY-SA 4.0, auteur Diego Delso).


Personnages et idées clés

Imhotep, architecte du roi Djéser, bâtit vers -2660 la pyramide à degrés de Saqqarah, premier grand ensemble construit en pierre : il reste pour cela « l'inventeur » de l'architecture de pierre égyptienne. Djéser, roi de la IIIe dynastie pour qui Imhotep construit ce monument, incarne le moment où l'Égypte unifiée se dote de son premier grand langage architectural. Hatchepsout, reine régnant comme pharaon à part entière sous le Nouvel Empire, fait édifier le temple funéraire de Deir el-Bahari, dont les terrasses épousent la falaise environnante. Ramsès II, pharaon de la XIXe dynastie, agrandit le temple de Karnak et fait tailler la façade rupestre d'Abou-Simbel, gardée par quatre colosses à son effigie : son règne illustre l'ampleur maximale atteinte par les grands chantiers royaux. Alexandre le Grand conquiert l'Égypte en -332 et fonde Alexandrie, mettant fin à l'indépendance politique des pharaons tout en ouvrant la période hellénistique.


À retenir


Œuvres repères

Le temple d'Horus à Edfou (IIIe-IIe s. av. J.-C.)

Ce temple gréco-romain, l'un des mieux conservés d'Égypte, permet de lire le parcours type d'un temple égyptien décrit plus haut : une allée bordée de sphinx mène à un pylône monumental, puis à une cour à péristyle réservée aux fidèles, puis à une salle hypostyle dont le plafond s'abaisse et l'obscurité augmente à mesure que l'on approche du Saint des Saints, chambre fermée où réside la statue du dieu. Observez cette progression de la lumière vers l'obscurité : elle matérialise le passage du monde des hommes vers le monde divin, un principe que l'on retrouvera plus tard, sous une autre forme, dans le Panthéon romain.

Colonnes du péristyle du temple d'Horus, Edfou. Source : Wikimedia Commons (licence CC BY-SA 4.0, auteur Goetz48).

Naos du temple d'Horus à Edfou, avec la barque sacrée en réplique. Source : Wikimedia Commons (domaine public, CC0, auteur Warren LeMay).

Les Trois Musiciennes, tombe de Nakht, Thèbes (vers -1420)

Cette peinture funéraire, appliquée sur un enduit de stuc, représente un banquet où figurent une joueuse de flûte, une harpiste et une danseuse nue. Observez la loi de frontalité (épaules de face, tête de profil, œil de face) appliquée à chaque figure, sauf à la danseuse qui regarde en arrière pour suggérer le mouvement du pas de danse. Les couleurs, appliquées en aplat sans ombre, restent d'une fraîcheur exceptionnelle. Cette œuvre illustre la rigueur de la convention égyptienne, mais aussi la marge d'invention que garde l'artiste du Nouvel Empire à l'intérieur de ce cadre.

Les Trois Musiciennes, tombe de Nakht, Thèbes. Source : Wikimedia Commons (domaine public).

Fac-similé de la stèle et des porteurs d'offrandes, tombe de Nakht, Thèbes, par Norman et Nina de Garis Davies. Source : Wikimedia Commons (domaine public).


Questions de lecture

  1. Décrivez le parcours d'un fidèle dans un temple égyptien, du pylône au Saint des Saints, en citant les termes appris dans cette section.
  2. En quoi les règnes d'Hatchepsout et de Ramsès II illustrent-ils l'ampleur croissante des chantiers royaux égyptiens sous le Nouvel Empire ?