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08 — L'art byzantin apres l'iconoclasme et sa diffusion

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Partie II : L'art du Moyen Âge.

Frise chronologique

Carte de synthèse

1. Se repérer

L'art byzantin après l'iconoclasme et sa diffusion

Au VIe siècle, à Ravenne, une mosaïque célèbre montre l'impératrice Théodora, épouse de Justinien, entourée de sa cour dans un faste presque irréel : cette image ouvre la section, car elle fixe, avant même la grande crise du siècle suivant, le style hiératique que Byzance imposera durablement à son art. Entre 726 et 843, l'Empire est déchiré par la crise iconoclaste, ouverte par l'empereur Léon III, qui interdit les images saintes. Une fois cette crise refermée, un programme décoratif strict s'impose dans toutes les églises, tandis que l'art byzantin se diffuse loin de Constantinople : vers Kiev, où le prince Vladimir de Kiev adopte l'orthodoxie en 988, puis vers Moscou, où le moine peintre Andrei Roublev porte l'art de l'icône à son sommet, longtemps après que le patriarche Michel Cérulaire eut consommé, en 1054, la rupture entre Rome et Constantinople.

Dates repères

Noms repères Théodora — Léon III — Vladimir de Kiev — Michel Cérulaire — Andrei Roublev

Mots repères iconoclasme — plan en croix grecque — Pantocrator — icône — orthodoxie

L'impératrice Théodora et sa cour, mosaïque de l'église Saint-Vital, Ravenne, vers 547. Source : Wikimedia Commons (licence CC BY-SA 4.0, auteur Petar Milošević).


2. Comprendre le contexte

À Ravenne, vers 547, l'église Saint-Vital est ornée de deux mosaïques célèbres : l'empereur Justinien d'un côté, l'impératrice Théodora de l'autre, chacun entouré de sa cour, sur un fond d'or qui efface toute impression de profondeur réelle. Cette image fixe, pour des siècles, le style solennel de l'art byzantin à son premier apogée. Mais cet équilibre est bientôt bouleversé : entre 726 et 843, l'empereur Léon III, puis ses successeurs, interdisent la représentation des images saintes, jugées idolâtres. C'est la crise de l'iconoclasme, littéralement « qui brise les images », qui oppose la cour et le haut clergé aux moines et au petit peuple, très attachés au culte des icônes.

Une fois la crise refermée en 843, l'Église byzantine impose un programme décoratif d'une rigueur inédite, désormais indissociable de l'architecture religieuse. Sur le plan des relations avec l'Occident, les tensions entre Rome et Constantinople, déjà anciennes, s'aggravent : en 1054, le patriarche Michel Cérulaire et le légat du pape s'excommunient mutuellement, consommant le schisme d'Orient qui sépare durablement les Églises catholique et orthodoxe.

Par ailleurs, la christianisation des peuples slaves diffuse largement l'art byzantin loin de Constantinople. En 988, le prince Vladimir de Kiev se convertit à l'orthodoxie et impose ce choix à son peuple, ouvrant à l'art byzantin tout l'espace russe. Cette tradition s'y épanouit durablement : quatre siècles plus tard, à Moscou, le moine peintre Andrei Roublev en devient l'un des plus grands représentants, bien après que Constantinople elle-même a commencé son lent déclin, achevé par sa chute en 1453.

L'empereur Justinien et sa cour, mosaïque de l'église Saint-Vital, Ravenne, vers 547. Source : Wikimedia Commons (licence CC BY-SA 4.0, auteur Username.Ruge).


3. Reconnaître le style

Supports et techniques

Après cette crise et cette diffusion, voyons comment le style byzantin mûrit techniquement. L'art byzantin privilégie toujours la mosaïque pour le décor monumental, puis, à mesure que ce matériau devient coûteux, la fresque, plus souple et moins onéreuse. À côté de ces grands décors, se développe un objet plus intime, l'icône : une image sacrée portative, qui peut recourir aussi bien à la peinture qu'à la mosaïque, à l'orfèvrerie ou à l'émaillerie. Mobile, l'icône permet à l'art byzantin de voyager bien au-delà de Constantinople.

Sujets et fonctions

Cette portabilité nouvelle sert un projet religieux précis, retrouvé après la crise iconoclaste. Après 843, l'Église fixe un programme décoratif très strict, qui associe l'organisation de l'édifice à la signification symbolique de chaque partie du décor : plus question de laisser l'image sacrée au hasard de l'inspiration de l'artiste. Les icônes, vénérées comme des objets sacrés à part entière, sont diffusées dans tout le monde orthodoxe, notamment par les pèlerins et les moines venus des pays slaves nouvellement christianisés.

« La Vierge de Vladimir », icône byzantine peinte, XIIe siècle, galerie Tretiakov, Moscou. Source : Wikimedia Commons (domaine public).

Composition et espace

Ce programme décoratif s'appuie sur une forme architecturale nouvelle. Après le VIIIe siècle, l'église byzantine adopte le plan en croix grecque : quatre branches égales inscrites dans un carré, dominées en leur centre par une coupole. Chaque partie de l'édifice reçoit une image précise : le Christ Pantocrator (le Christ tout-puissant, montré en buste ou en médaillon, bénissant et tenant l'Évangile) occupe le sommet de la coupole, qui symbolise le ciel ; la Vierge occupe l'abside ; les saints se répartissent sur les murs du sanctuaire, qui symbolise le monde terrestre.

Christ Pantocrator, mosaïque de l'abside, chapelle Palatine, Palerme, XIIe siècle. Source : Wikimedia Commons (licence CC BY-SA 4.0, auteur Colsu).

Couleur, lumière et matière

Ce programme trouve son plein éclat dans la permanence du fond d'or, déjà amorcée à l'époque de Théodora et généralisée après la crise iconoclaste : les mosaïques byzantines se détachent sur un fond doré qui abolit toute impression de profondeur réelle, l'inclinaison variable des tessères captant la lumière pour faire scintiller la surface. Cette splendeur chromatique ne vise pas le réalisme : elle cherche à dissoudre la matérialité des corps dans un ensemble qui a quelque chose de sacré, exactement comme chez Théodora et sa cour.

Figures et formes

Ce refus du réel se lit enfin dans le traitement même des figures. Les personnages byzantins apparaissent de face, rigides, sans ombre ni relief, comme s'ils flottaient hors du temps : de grands yeux fixes regardent le spectateur, seul le mouvement d'un drapé ou le geste d'une main adoucissant ce rituel hiératique. Souverains et saints portent une auréole, signe de leur proximité avec le divin. Ce style, déjà pleinement présent chez Théodora, s'impose définitivement après l'iconoclasme, quand l'Église cherche à garantir que l'image reste un support de dévotion plutôt qu'une simple représentation.

Architecture

Cette rigueur trouve son cadre dans une architecture désormais standardisée : le plan en croix grecque, apparu au IXe siècle, devient la forme la plus caractéristique de l'architecture religieuse byzantine, remplaçant peu à peu le plan basilical hérité de l'art paléochrétien. Diffusée par les pays convertis à l'orthodoxie (la doctrine officielle de l'Église byzantine, littéralement la « foi droite »), cette forme architecturale se retrouve jusqu'en Russie, où elle est adaptée aux goûts locaux, notamment par l'ajout de bulbes au-dessus des coupoles.


Personnages et idées clés

Théodora (impératrice, morte en 548), épouse de Justinien, incarne dans la mosaïque de Saint-Vital la magnificence hiératique du pouvoir byzantin à son premier apogée. Léon III (empereur, 717-741) déclenche en 726 la crise iconoclaste en interdisant le culte des images saintes. Michel Cérulaire (patriarche de Constantinople, 1043-1058) consomme en 1054 le schisme d'Orient, séparant durablement les Églises catholique et orthodoxe. Vladimir de Kiev (prince, mort en 1015) se convertit à l'orthodoxie en 988 et l'impose à son peuple, ouvrant à l'art byzantin tout l'espace russe. Andrei Roublev (moine peintre, vers 1360-1430), actif à Moscou, porte l'art de l'icône russe à son sommet après la chute de Byzance.


À retenir


Œuvres repères

Les mosaïques de l'église Saint-Vital : Justinien et Théodora (vers 547)

Dans l'abside de l'église Saint-Vital de Ravenne, consacrée en 547, deux mosaïques se font face : à gauche l'empereur Justinien entouré de sa cour et du clergé, à droite l'impératrice Théodora entourée de ses suivantes. Observez la frontalité stricte des deux cortèges, les regards fixes, l'absence d'ombre et de relief : les personnages semblent flotter sur un fond d'or intemporel. Justinien tient une patène, Théodora un calice : chacun apporte une offrande à l'église, geste qui associe le pouvoir impérial au culte religieux. Cette œuvre, antérieure de près de deux siècles à la crise iconoclaste, annonce déjà le style que l'art byzantin imposera à tout son art religieux après 843.

Mosaïque de l'impératrice Théodora et de sa suite, abside de l'église Saint-Vital, Ravenne, vers 547. Source : Wikimedia Commons (licence CC BY-SA 4.0, auteur Petar Milošević).

La Vierge de Vladimir (XIIe siècle)

Peinte à Constantinople puis offerte à un prince de Kiev, cette icône représente la Vierge tenant l'Enfant blotti contre sa joue, dans un geste de tendresse rare pour l'art byzantin. Transportée à Moscou au XIVe siècle, elle devient l'icône la plus vénérée de Russie, invoquée à plusieurs reprises pour protéger la ville d'invasions. Observez le contraste entre le hiératisme du visage de la Vierge, aux yeux immenses et fixes, et la douceur du geste maternel : cette tension entre solennité sacrée et émotion humaine annonce le raffinement psychologique que les icônes russes, dans la lignée d'Andrei Roublev, porteront à leur sommet après la chute de Constantinople.

« La Vierge de Vladimir », icône byzantine peinte, XIIe siècle, galerie Tretiakov, Moscou. Source : Wikimedia Commons (domaine public).


Questions de lecture

  1. En quoi la mosaïque de Théodora, réalisée près de deux siècles avant l'iconoclasme, annonce-t-elle déjà le style qui s'imposera après la crise ?
  2. Comment l'art byzantin se diffuse-t-il jusqu'en Russie, et par quels intermédiaires ?

Notes

  1. Maximien : archevêque de Ravenne au moment de la consécration de l'église Saint-Vital (547), représenté aux côtés de Justinien sur la mosaïque, identifiable par son nom inscrit au-dessus de sa tête.